Institut des Sciences Historiques - Comprendre le présent avec l'histoire

Ensemble de textes sur l'histoire (actuellement 6 textes et un septième à paraître)

Qu'est-ce que la royauté ?

En France la royauté n'a jamais été imposée. C'est un choix de la société qui au lendemain des invasions et de la dissolution du pouvoir avec l'écroulement du pouvoir romain, a cherché à retrouver un régime stable lui permettant de se développer et d'assurer à l'ensemble de la population sécurité, justice, libertés en un mot tout ce qui fait ques  hommes puissent vivre et s'épanouir sans avoir peu du lendemain tant pour eux que pour leurs enfants. Un régime garanti du présent et de l'avenir.

Ainsi la royauté, modèle français car ce n'est pas le cas pour toutes les monarchies dans le monde, est avant tout un modèle social et poser la question "qu'est-ce que la monarchie ? " c'est avant tout poser celle de savoir "quelle société veut-on?"

Le tableau ci dessous résume le deux grands modèles, le contemporain et celui de la France royale qui a permis à notre pays de se développer durant plus de dix siècles en faisant rayonner sa civilisation ("le modèle français" ) sur toute l'Europe et une partie du monde

 Royauté française       

Transcendance, réalisme, être, sujet, droit naturel intangible, l'esprit domine la matière, le Droit objectif et  la Justice

Bien commun,

Inscription dans le temps

Pouvoir est un service dont le détenteur (le roi) est le gérant

Société ordonnée, hiérarchique, axée sur les fins dernières de l'homme

Economie ordonnée aux besoins de l'homme

Modèle post révolutionnaire

Immanence, idéalisme, avoir, objet, droits subjectifs sujet des contingences, la matière s'impose à l'homme, les droits subjectifs

Profit individuel

Présent

Toute puissance du pouvoir (du peuple) défini par la loi qui est variable

Désordre social égalitariste axé sur les satisfactions hédonistes

Primat de l'économie sur l'homme

 Une citation en hommage à Soljénitsyne mort durant l'été 2008!

"Toute culture nationale est bénie; les nations sont les couleurs de l'humanité. L'existence, dès l'origine, des peuples différents fait partie du plan divin: à la différence des autres organisations, la nation, comme la famille ou la perosnne, n'est pas une création humaine".

France et royauté

Clovis, roi des Francs, fut sacré à Reims par l’archevêque Remi. Il ouvrait plus de mille cinq cents ans de grandeur pour la France.

Mérovingiens, Carolingiens, Capétiens directs, Valois et Bourbons ont exercé, grâce à l’efficacité des lois fondamentales du royaume, peu à peu découvertes et mises au point, la dignité royale pendant quinze siècles. En aval, la Restauration des aînés, puis l’usurpation de Louis-Philippe, couvrent encore une partie du XIXème siècle.

Au service de la France
La monarchie est ainsi étroitement associée à l’histoire de France, ouverte par le baptême de Clovis et le miracle fondateur de la Sainte Ampoule, consommé à nouveau par le sacre des rois très-chrétiens au début de chaque règne, relayé par la sainteté de Louis IX ou de Jeanne d’Arc, entretenu par le voeu de Louis XIII, rappelé enfin par la terrible question posée par le pape Jean-Paul II lors de son premier voyage dans notre pays : « France, qu’as-tu fait de ton baptême ? » Interrogation toujours ouverte qui suscite depuis tant de réflexions et sert d’ancrage à ceux et celles pour qui bien commun et chose publique sont au coeur de l’action, tant il est vrai que l’homme, animal social, est sur terre pour contribuer à la perfection de la société.

Action politique
Le grand œuvre de la monarchie, la transmutation réussie du fer de la dispersion féodale en or de l’unité française - une unité qui n’excluait pas la vraie diversité avant la Révolution - le labeur capétien, ce fut d’abord, tout simplement, la France. A supposer même que la France n’ait pas le caractère de nécessité éternelle et transcendante que certains ont pu lui prêter, c’est tout de même une belle et grande chose. Les « soixante rois », en presque « quinze siècles », ont bien « fait la France ». Ils ont été les patients ouvriers d’un pays singulier, qui aurait sans doute pu être autre, mais qui, étant ce qu’il est, a su accéder à l’universel. On sait bien aujourd’hui - fors un dessein providentiel - que nulle fatalité d’aucune sorte - géographique, ethnique, linguistique ou autre - ne portait la France en ses flancs. Le «pré carré» a bien plutôt résulté du travail patient, tenace, modeste, d’une dynastie terrienne de superbes rois paysans. Voyez Clovis qui abandonne le monde archaïque gallo-romain pour créer un pays neuf en se reposant sur l’autre force nouvelle historique : l’Eglise. Voyez Hugues, le fondateur éponyme; il s’écarte des chimères carolingiennes, il bannit toute nostalgie d’empire universel, il jette son soc comme une ancre et amarre la France à l’Ouest. Voyez ces premiers Capétiens, si faibles, plus faibles à tous égards que les derniers Carolingiens du fait de l’amplification du processus de dissociation politique qui travaille l’Occident : forts de la dignité royale, ils tiennent bon, ils font face à plus puissants qu’eux, ils conquièrent patiemment leur indépendance, envers l’empereur et le pape à l’extérieur et sur les Grands à l’intérieur ; et Philippe-Auguste finit, à Bouvines, en 1214, par étayer la suprématie de droit du roi de France d’une indispensable supériorité de fait. Voyez encore le patient grignotage qui, en plusieurs siècles, va substituer le moderne « hexagone » - définitif, en dépit des guerres sanglantes de la Révolution et de l’Empire - au pentagone médiéval, plus vulnérable, que bornaient l’Escaut, la Meuse, la Saône et le Rhône. Voyez enfin la façon dont Louis XIV cassera la tenaille de la maison d’Autriche en installant son petit-fils Philippe d’Anjou, ancêtre de Mgr le duc d’Anjou, actuel aîné des Bourbons et donc successeur légitime des rois de France, sur le trône de Madrid, d’où ses descendants rayonneront sur l’Italie, faisant de la Méditerranée nord-occidentale une mer bourbonienne au milieu du XVIIIème siècle.
On ne cherchera pas, au principe de cette longue marche, un dessein géopolitique précis : la fermeté capétienne est mise au service de la finesse plus que de la géométrie et la notion de «frontières naturelles» est beaucoup plus tardive. La stratégie matrimoniale relaye d’ailleurs volontiers la gloire des armes. La méthode est celle des petits pas. Seule la folle chevauchée des guerres d’Italie fait exception mais le comptable le plus sévère l’excusera peut-être, sinon à cause du panache, du moins en considération du vaste mouvement intellectuel et artistique qu’elle a suscité.
Rayonnement par les armes. Rayonnement par les surgeons que l’arbre capétien multiplia dans les pays les plus divers. La France des Bourbons rayonna aussi en effet par les arts, encouragés avec un goût sans faille, et par les lettres. La pointe de la plume relayait celle de l’épée et le plat de la truelle celui du sabre pour l’édification de la grandeur française.

Rayonnement culturel
Comment oublier que la plupart des grands édifices artistiques et culturels qui font, aujourd’hui encore, le renom de la France, ont été créés, protégés et encouragés par nos rois ? Et, alors que la langue française est en pleine déconfiture, comment n’avoir pas le coeur serré en évoquant ce XVIIIème siècle où, culturellement, l’Europe était française et où les élites parlaient la langue de nos classiques du Rhin à l’Oural ?
Trente-six rois capétiens en huit cents ans. Trente de plus de Clovis à Hugues Capet. Quatre encore, si l’on remonte au légendaire Pharamond... Au regard de la continuité profonde des trois races royales françaises, ce n’est pas des «quarante rois qui en mille ans... » qu’il faudrait parler, mais «soixante-dix rois qui en quinze siècles» ont, sinon fait la France, au pied de la lettre, du moins étroitement façonné notre pays, dans sa géographie, sa langue, sa religion, ses arts, ses moeurs, sa politique au sens le plus noble du terme... L’héritage de la Monarchie appartient ainsi, indivisément, à tous les Français.
La mémoire nationale est en crise. Au moins est-il urgent, sauf à se dissoudre et à disparaître - hypothèse qui n’a rien d’absurde au regard de plusieurs indices, notamment démographiques - qu’ils prennent une vraie conscience de ce qu’ils sont dans la longue durée et qu’ils partagent en commun le miracle singulier de leur histoire nationale. Sans le sentiment aigu d’un passé commun, les Français manqueront leur avenir.



Les Bourbons aux XIXe et XXe siècles

 
La famille des Rois de France est composée de tous les descendants par les mâles de Hugues Capet

Cette famille s’est nommée « Maison de France » à partir de la fin du XIIIème siècle. Puis, à partir de Louis XIV, « auguste Maison de Bourbon ». C’est qu’alors les Bourbons, issus de Louis XIII ou d’un cousin de ce dernier - branche de Condé ou de Conti - étaient les seuls Capétiens dynastes.
A la mort du dernier Condé en 1830, seuls les descendants de Louis XIII subsistent.
Le chef de l’auguste Maison de Bourbon est l’aîné selon l’ordre de primogéniture des mâles. Il porte les armes de France pleines : d’azur à trois fleurs de lis d’or. Les cadets doivent briser ces armes.
La Cour d’appel de Paris a rendu un arrêt le 22 novembre 1989, qui confirmait ce port des pleines armes par l’aîné des Bourbons, reconnaissant que c’est là une coutume bien établie chez les aînés des Bourbons-Anjou « d’Espagne » depuis plus de cent ans, c’est-à-dire depuis la mort du comte de Chambord.
L’aîné des Bourbons, et donc successeur des Rois de France, était, jusqu’à sa disparition le 30 janvier 1989 dans un accident de ski, Alphonse, duc d’Anjou et de Cadix qui a participé officiellement à de nombreuses manifestations du millénaire capétien tout au long de l’année 1987. Aujourd’hui, son fils Louis-Alphonse, né le 25 avril 1974, 760 ans jour pour jour après son illustre ancêtre et patron saint Louis, lui a succédé avec le titre de duc d’Anjou. Comme son père il est présent de toutes les manifestations dynastiques qui se tiennent en France. Marié depuis 2004, sa fille, SAR la Princesse Eugénie, née en mars 2007, a été baptisée à Paris dans la Chapelle de la Nonciature Apostolique.

Parmi les nombreux princes de la branche des Bourbons-Anjou, on retiendra tout particulièrement S.M. Jean-Charles 1er, roi d'Espagne depuis 1975, et S.A.R. Jean, grand-duc de Luxembourg, issu des Bourbons-Parme. S.M.I. et R. Zita, décédée en 1989, qui fut la dernière impératrice d'Autriche et reine de Hongrie, était née princesse de Parme. S.A.R. Charles, duc de Calabre, est le chef de la famille royale des Deux-Siciles et de Jérusalem (c’est à dire le royaume de Naples). S.A.R. Charles-Hugues, duc de Parme, est chef de la famille souveraine de Parme.
La branche d'Orléans, issue de Philippe, duc d'Orléans, frère de Louis XIV, est cadette par rapport à l'ensemble de la branche issue du duc d'Anjou, Philippe V d'Espagne, petit-fils de Louis XIV. L'aîné de la branche d'Orléans est aujourd'hui S.A.R. Henri, duc d'Orléans, comte de Paris. Son neveu, S.A.I. Louis d'Orléans et Bragance, est chef de la famille impériale du Brésil.



Les successeurs du comte de Chambord


Listes des Princes qui, depuis 1883 jusqu’à aujourd’hui, ont maintenu intact le principe sacré de la monarchie comme successeurs légitimes au trône de France.

Jean III (1822, 1883, † 1887)
Ce prince devient, en 1883, à la mort de son beau-frère le comte de Chambord, dont il était le plus proche parent par les mâles, l’aîné de la Maison de Bourbon. A ce titre, malgré la tentative des princes de la branche d’Orléans, il préside les obsèques officielles du comte de Chambord à Göritz ou Gorizia (Slovénie et Italie).
Jean III meurt le 18 novembre 1887 à Brighton, où il résidait habituellement. Il est inhumé dans la cathédrale de Trieste. Son fils lui succéda.

Charles XI (1848, 1887, † 1909)
Le nouveau chef de la Maison de Bourbon, connu comme Don Carlos, est une forte personnalité qui a marqué son époque. Bien que lié par ses engagements envers l’Espagne, où il a défendu les armes à la main ses droits dynastiques face aux libéraux, il a tenu à rester fidèle aux devoirs que l’aînesse de la Maison de Bourbon lui imposait vis-à-vis de la France. Il eut l’occasion de le rappeler à plusieurs reprises en adressant des messages et des manifestes à ses fidèles.
Charles XI mourut à Varèse (Italie) le 18 juillet 1909. Son fils lui succéda.

Jacques 1er (1870, 1909, † 1931)
Elevé à Froshdorf auprès du comte de Chambord, Jacques 1er était le fils de Charles XI et de la princesse Marguerite de Bourbon-Parme, elle-même petite-fille du duc de Berry. Bien que frappé par la loi d’exil qui interdisait le sol de France à tous les chefs de maisons ayant régné,
résidant souvent à Paris, il put redonner espoir aux monarchistes français en participant à de nombreuses manifestations en France. Il avait hérité de sa tante, la comtesse de Chambord, du château de Froshdorf et des archives de la Maison de France.
Il mourut le 4 octobre 1931. La messe solennelle célébrée à Paris fut suivie par de très nombreuses personnalités, au premier rang desquelles figurait le Maréchal Lyautey.

Alphonse-Charles XII (1849, 1931, † 1936)
L’oncle du prince Jacques, octogénaire, allait être jusqu’en 1936 le chef de la Maison de Bourbon. Ancien officier des Zouaves pontificaux, il avait été blessé pour la défense du Saint-Siège lors de la prise de Rome par les Piémontais en septembre 1870, puis avait mis son ardeur au service de son frère pendant la dernière guerre carliste.
Il mourut à Vienne le 29 septembre 1936. Il n’avait pas d’enfant. Son successeur légitime était son cousin, petit fils de son grand oncle, François de Paule, frère cadet du premier Don Carlos.

Alphonse 1er (1886, 1936, † 1941)
Le petit fils de François [de Paule], fils de François [d’Assise], successeur salique des rois des France par extinction successive des premiers rameaux de la branche aînée, était Alphonse XIII d’Espagne, qui devenait roi de France sous le nom d’Alphonse 1er. Sur le trône de Madrid, il avait toujours marqué son amour de la France : les immenses services qu’il rendit à celle-ci au cours de la guerre de 1914-1918 lui valurent, honneur exceptionnel pour un souverain non-belligérant, la Médaille militaire.
Investi des droits et des devoirs de l’aîné des Bourbons, il prit les pleines armes de France en enlevant la bordure de gueule autour des fleurs de lys. La période troublée l’empêcha d’avoir une action importante mais dés 1936 il s’était rapproché de son Chef de Maison, à l’époque le Prince Jacques, dont il avait reconnu l’aînesse et les droits immémoriaux.
Il mourut à Rome le 28 février 1941.

Jacques-Henri VI (1908,1941, † 1975)
Ce prince, qui avait renoncé au trône d’Espagne en 1931, se dévoua à maintenir l’héritage des lys. Dès 1946, il fit une proclamation auprès des cours européennes pour rappeler ses droits. Il fit maints voyages en France et adressa plusieurs manifestes (notamment sur l’Algérie française, et contre l’avortement).
Il mourut à Saint-Gall, en Suisse, le 20 février 1975, laissant la succession à son fils, Alphonse II, duc d’Anjou et de Cadix. Celui-ci poursuivit et intensifia son oeuvre pendant quatorze ans, en particulier lors du millénaire capétien dont le succès dans toute la France, tint pour beaucoup à sa personnalité. Reconnu par l’ensemble des autorités nationales, il a laissé de nombreux messages. Il est décédé accidentellement à Beaver Creek (USA), le 30 janvier 1989. Son fils, le Prince Louis alors âgé de 14 ans lui succéda comme chef de la maison de Bourbon et successeur du roi de France.



« Je m’en vais, mais I’Etat demeurera toujours »  le Roi de France au service de la Couronne


Ainsi s’exprimait Louis XIV dont le Prince Louis de Bourbon, duc d'Anjou (Louis XX pour ses fidèles) est aujourd’hui le descendant direct.

Par ces mots, le « Roi Soleil » rappelait la primauté de l’Etat, ou de la couronne comme on disait alors. Cette notion est essentielle, car elle explique sans doute la longue durée des institutions françaises de l’Ancien Régime. La France, en effet, fut le premier pays à se doter d’une constitution qui, pour n’être pas écrite, n’en était pas moins respectée par tous, à commencer par le Roi. Elle était formée de principes simples, qu’on appelle aussi « Lois Fondamentales ».

Ces principes étaient de trois ordres ils assuraient la pérennité de l’Etat, ils réglaient les lois de succession au Trône, ils affirmaient la nécessaire catholicité du Roi.

PÉRENNITÉ DE L’ÉTAT
C’est le premier principe hérité de l’ imperium romain et redécouvert pour répondre au risque de dissociation du pouvoir que faisait courir la féodalité.
Il s’agissait de rappeler que le Royaume n’était pas la possession privée du Roi. La Couronne était déclarée indisponible, car la royauté était considérée comme un « office public ».

Charles VII déclarait au pape Martin V:
« Le Roi n’a qu’une manière d’administration et d’usage de la Couronne. Il ne peut ni l’aliéner, ni bailler le Royaume en d’autres mains, ni ôter à son fils ce droit. »
Ce principe de pérennité de l’Etat est au coeur de notre actuelle notion de « Service Public » et d’Etat de Droit. Il a été repris par tous les régimes qui ont succédé à la Royauté. Les Français y sont attachés. Il garantit, en particulier, les libertés individuelles et forge la notion de droit public.
Pour garantir la notion de pérennité de l’Etat, encore fallait-il que des règles précises soient appliquées pour définir le détenteur du pouvoir.

TRANSMISSION DU POUVOIR ET LÉGITIMITÉ

Afin d’éviter que la transmission du Pouvoir soit livrée aux passions qui auraient vite fait disparaître la notion d’« Office Public », des principes de transmission sont mis en œuvre dès Hugues Capet : l’hérédité, la masculinité.

1) Principe d’hérédité et primogéniture
La Couronne se transmet de mâle en mâle, par ordre d’aînesse. En cas d’extinction de la branche aînée, elle passe à l’aîné de la branche qui la suit immédiatement. Comme l’avait écrit en 1411 le juriste Jean de Terre-Vermeille, « La dévolution de la Couronne est déterminée par la seule force de la coutume, à savoir que la succession simple est déférée aux aînés mâles en ligne directe. »

2) Principe de masculinité et collatéralité: les femmes sont exclues de la succession.
Deux raisons militent pour ce principe. Le premier, lié à la notion d’Etat et plus précisément d’Etat de droit. Ouvrir aux femmes le droit à la succession risquerait de faire passer la France aux mains d’une dynastie étrangère. L’argument est de poids, puisque seule la France a toujours conservé une dynastie nationale.

Le second argument est spirituel et découle du caractère sacré de la royauté française depuis le baptême de Clovis et le sacre des Rois, car l’office royal est d’ordre ecclésiastique. De même que l’ordination est réservée aux hommes, de même la fonction de roi, ce que tente d’expliquer l’adage « Les lys ne filent point », et cet autre « Le royaume de France ne tombe pas en quenouille ». C’était l’ancienne loi salique. Faute de descendants mâles en ligne directe, la couronne passe au plus âgé des frères du roi défunt.

Enfin, toujours héritage de Clovis et du sacre, les «Lois Fondamentales» imposent le principe de catholicité.

NÉCESSAIRE CATHOLICITÉ DU ROI
La France, Fille Aînée de I’Eglise, ne peut être gouvernée que par un roi catholique. Ce dernier principe fut proclamé par les Etats-Généraux réunis à Blois en juillet 1588. Ainsi, malgré son accession au trône en 1589, Henri de Navarre ne put être sacré qu’après sa conversion au catholicisme.

Màj :31/06/08

Consécration de la France à la Vierge Marie par Louis XIII (10 février 1638)

« Louis, par la grâce de Dieu, roi de France et de Navarre, à tous ceux qui ces présentes lettres verront, salut. Dieu, qui élève les rois au trône de leur grandeur, non content de nous avoir donné l'esprit qu'il départ à tous les princes de la terre pour la conduite de leurs peuples, a voulu prendre un soin si spécial et de notre personne et de notre Etat, que nous ne pouvons considérer le bonheur du cours de notre règne sans y voir autant d'effets merveilleux de sa bonté que d'accidents qui nous menaçaient. Lorsque nous sommes entré au gouvernement de cette couronne, la faiblesse de notre âge donna sujet à quelques mauvais esprits d'en troubler la tranquillité ; mais cette main divine soutint avec tant de force la justice de notre cause que l'on vit en même temps la naissance et la fin de ces pernicieux desseins. En divers autres temps, l'artifice des hommes et la malice du démon ayant suscité et fomenté des divisions non moins dangereuses pour notre couronne que préjudiciables à notre maison, il lui a plu en détourner le mal avec autant de douceur que de justice ; la rébellion de l'hérésie ayant aussi formé un parti dans l'Etat, qui n'avait d'autre but que de partager notre autorité, il s'est servi de nous pour en abattre l'orgueil, et a permis que nous ayons relevé ses saints autels, en tous les lieux où la violence de cet injuste parti en avait ôté les marques. Si nous avons entrepris la protection de nos alliés, il a donné des succès si heureux à nos armes qu'à la vue de toute l'Europe, contre l'espérance de tout le monde, nous les avons rétablis en la possession de leurs Etats dont ils avaient été dépouillés. Si les plus grandes forces des ennemis de cette couronne se sont ralliées pour conspirer sa ruine, il a confondu leurs ambitieux desseins, pour faire voir à toutes les nations que, comme sa Providence a fondé cet Etat, sa bonté le conserve, et sa puissance le défend. Tant de grâces si évidentes font que pour n'en différer pas la reconnaissance, sans attendre la paix, qui nous viendra de la même main dont nous les avons reçues, et que nous désirons avec ardeur pour en faire sentir les fruits aux peuples qui nous sont commis, nous avons cru être obligés, nous prosternant aux pieds de sa majesté divine que nous adorons en trois personnes, à ceux de la Sainte Vierge et de la sacrée croix, où nous vénérons l'accomplissement des mystères de notre Rédemption par la vie et la mort du Fils de Dieu en notre chair, de " nous consacrer à la grandeur de Dieu " par son Fils rabaissé jusqu'à nous et à ce Fils par sa mère élevée jusqu'à lui ; en la protection de laquelle nous mettons particulièrement notre personne, notre état, notre couronne et tous nos sujets pour obtenir par ce moyen celle de la Sainte Trinité, par son intercession et de toute la cour céleste par son autorité et exemple, nos mains n'étant pas assez pures pour présenter nos offrandes à la pureté même, nous croyons que celles qui ont été dignes de le porter, les rendront hosties agréables, et c'est chose bien raisonnable qu'ayant été médiatrice de ces bienfaits, elle le soit de nos actions de grâces.
A ces causes, nous avons déclaré et déclarons que, prenant la Très Sainte et Très Glorieuse Vierge pour protectrice spéciale de notre royaume, nous lui consacrons particulièrement notre personne, notre état, notre couronne et nos sujets, la suppliant de nous vouloir inspirer une sainte conduite et défendre avec tant de soin ce royaume contre l'effort de tous ses ennemis, que, soit qu'il souffre le fléau de la guerre, ou jouisse de la douceur de la paix que nous demandons à Dieu de tout notre coeur, il ne sorte point des voies de la grâce qui conduisent à celles de la gloire. Et afin que la postérité ne puisse manquer à suivre nos volontés à ce sujet, pour monument et marque immortelle de la consécration présente que nous faisons, nous ferons construire de nouveau le grand autel de l'église cathédrale de Paris, avec une image de la Vierge qui tienne entre ses bras celle de son précieux Fils descendu de la croix ; nous serons représenté aux pieds du Fils et de la Mère, comme leur offrant notre couronne et notre sceptre.
Nous admonestons le sieur Archevêque de Paris, et néanmoins lui enjoignons, que tous les ans, le jour et fête de l'Assomption, il fasse faire commémoration de notre présente Déclaration à la Grande Messe qui se dira en son église cathédrale, et qu'après les Vêpres dudit jour il soit fait une procession en ladite église, à laquelle assisteront toutes les compagnies souveraines, et le corps de la ville, avec pareille cérémonie que celle qui s'observe aux processions générales plus solennelles. Ce que nous voulons aussi être fait en toutes les églises tant paroissiales, que celles des monastères de ladite ville et faubourgs ; et en toutes les villes, bourgs et villages dudit diocèse de Paris.
Exhortons pareillement tous les Archevêques et Evêques de notre royaume, et néanmoins leur enjoignons de faire célébrer la même solennité en leurs églises épiscopales, et autres églises de leurs diocèses ; entendant qu'à ladite cérémonie les cours de parlement, et autres compagnies souveraines, et les principaux officiers des villes y soient présents. Et d'autant qu'il y a plusieurs églises épiscopales qui ne sont point dédiées à la Vierge, nous exhortons lesdits archevêques et évêques en ce cas, de lui dédier la principale chapelle desdites églises, pour y être faite ladite cérémonie ; et d'y élever un autel avec un ornement convenable à une action si célèbre, et d'admonester tous nos peuples d'avoir une dévotion toute particulière à la Vierge, d'implorer en ce jour sa protection, afin que, sous une si puissante patronne, notre royaume soit à couvert de toutes les entreprises de ses ennemis, qu'il jouisse longuement d'une bonne paix ; que Dieu y soit servi et révéré si saintement que nous et nos sujets puissions arriver heureusement à la dernière fin pour laquelle nous avons tous été créés ; car tel est notre bon plaisir. »

Donné à Saint-Germain-en-Laye, le dixième jour de février, l'an de grâce mil-six-cent-trente-huit, et de notre règne le vingt-huitième.

Louis, Roi de France

La Francophonie dernier héritage de la royauté et de la civilisation française

(texte à paraître)